Nestor, start-up lilloise spécialisée dans le pilotage sécurisé des échanges sensibles entre entreprises, a rejoint le Village by CA Nord de France en début d’année 2026.
Antonia Bova, présidente, et Marc-Antoine Navrez, directeur général, nous ouvrent les portes de leur aventure.
Pouvez-vous vous présenter ?
Antonia Bova, présidente de Nestor et de Paprwork, la structure mère qui a donné naissance à trois produits technologiques ces cinq dernières années. À l’origine, je suis diplômée notaire, issue du monde juridique.
Marc-Antoine Navrez, directeur général de Nestor. J’avais auparavant une agence digitale, ce qui m’a permis d’apporter la dimension technique dès les débuts de l’aventure.
Comment est né Nestor ?
Tout est parti d’un constat simple : les cabinets d’avocats, notaires, experts-comptables ou même les banques disposaient tous d’outils internes sécurisés pour travailler en interne. Mais dès qu’il s’agissait d’échanger avec l’extérieur (envoyer des documents sensibles, collaborer avec des tiers) ils cassaient complètement leur politique de sécurité et de conformité, en passant par des outils grand public, une clé USB ou un outil de transfert en ligne, sans aucune traçabilité.
On s’est dit qu’il fallait créer un outil pour les professionnels du droit et du chiffre. C’est ainsi qu’est né Paprwork, qui a équipé plus de 200 cabinets d’avocats et d’experts-comptables dans la région.
Puis, un grand groupe bancaire nous a contactés pour une problématique différente : pas simplement échanger des documents avec quelques personnes, mais collecter de la donnée personnelle et sensible auprès de 10 000, 20 000, 30 000 personnes. Paprwork allait atteindre ses limites. C’est comme ça que l’idée de Nestor a émergé : industrialiser des workflows complexes, avec une traçabilité complète, une conformité native et la capacité de gérer des situations très exigeantes.
Concrètement, que propose Nestor aujourd’hui ?
Nestor est un outil de pilotage des échanges sensibles (documents, données, informations) entre parties prenantes. Ces échanges peuvent être complexes, régulés, critiques. Nous y apportons simplicité, ergonomie et conformité complète.
Nos clients utilisent souvent des dizaines d’outils différents : signature, collecte, stockage, messagerie… Nestor les réunit dans une seule interface, avec une traçabilité bout en bout. On peut par exemple envoyer un formulaire à 20 000 personnes dans 4 pays, avec relances automatiques, suivi et archivage conforme, et le tout sans dépendre d’outils américains. Nous sommes 100 % souverains, 100 % européens. C’est un point important quand on sait que 98 % des entreprises dépendent aujourd’hui de solutions non souveraines telles que Microsoft, Google ou Amazon pour leurs échanges les plus sensibles.
Comment est organisée votre équipe ?
Nous sommes dix aujourd’hui, auxquels s’ajoutent de nombreux agents IA qui travaillent en permanence sur les cas d’usage, l’identification des améliorations, le support. C’est une vraie force pour une structure de notre taille : ça nous permet de nous démultiplier sur des tâches traitables en automatique, pour concentrer les humains sur ce qui a le plus de valeur ajoutée.
Nous avons une équipe technique pilotée par notre CTO, Valentin, ainsi qu’une équipe en charge de l’accompagnement client, parce que Nestor, c’est un outil qui se configure sur mesure pour chaque client, avec de vrais ateliers de travail avec leurs équipes.
Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Nous sommes dans une deuxième phase clé : la croissance. Après plusieurs années d’investissement produit et quelques pivots, la dernière version de Nestor, sortie l’année dernière, a vraiment rencontré son marché. On s’adresse aujourd’hui à des ETI et des grands comptes, avec des cas d’usage concrets dans la finance, le juridique, les banques, les assurances.
Nous venons d’intégrer le Village by CA du Luxembourg il y a quelques semaines, ce qui illustre bien notre prochaine étape : sortir de la région et commencer à nous déployer en Europe.
Justement, quelles sont vos prochaines ambitions ?
Notre ambition est de devenir la plateforme de confiance numérique de référence en Europe. Le déploiement commercial à Paris, dans d’autres régions de France, puis à l’international, est notre principal chantier.
La souveraineté numérique est un sujet qui dépasse aujourd’hui les frontières françaises. C’est une question presque géopolitique. Et les réglementations qui arrivent (en France comme en Europe) ne sont pas une contrainte pour nous : elles sont notre meilleure barrière à l’entrée et un levier de performance pour nos clients.
Où vous voyez-vous dans 5 ans ?
Dans 5 ans, Nestor est une des plateformes leaders en Europe de la confiance numérique. Mais au-delà de la position de marché, ce qu’on veut vraiment, c’est que la souveraineté numérique cesse d’être perçue comme une contrainte réglementaire pour devenir un vrai levier de performance. Ça commence souvent simplement par de la transformation numérique avec des clients qui utilisent Nestor pour numériser des processus qui ne l’étaient pas encore et ça amène de l’homogénéité, de la qualité, une vraie philosophie de travail. On veut rendre ça accessible au plus grand nombre.
Pourquoi avoir rejoint le Village ?
Il existe beaucoup d’écosystèmes d’incubation, mais l’accélération d’une entreprise, c’est autre chose. La spécificité du réseau des Villages, c’est de mettre en relation les start-up accélérées avec des partenaires et des clients du Crédit Agricole. Pour nous, c’est un vivier de cas d’usages commerciaux concrets, pas seulement des ateliers.
Et franchement, on ressent un véritable partenariat entre l’équipe du Village et les start-up qu’il accueille, une vraie volonté de faire progresser chaque entreprise, du cas par cas, des connexions qui ont du sens. On l’a vu dès notre arrivée.
Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?
Une antenne dans chaque Village by CA d’Europe !
Ce qui voudra dire qu’on se sera bien développés !
Une petite anecdote à nous raconter ?
Dès les débuts de Paprwork, on nous a offert un beau magnum de champagne pour fêter la signature avec un premier client très important. On l’a posé sur le frigo, et j’avais dit à l’équipe : on l’ouvrira quand on signera le gros contrat avec la banque avec laquelle on était en discussion à ce moment-là. Puis quand on aura levé des fonds. Puis quand on signera des contrats cadres…
Elle est toujours là, sur notre bureau au Village. L’équipe ne demande même plus. C’est devenu un totem. Une superstition, presque. Chaque palier atteint, il y en a un autre qui arrive. Et quelque part, c’est un peu ça, l’esprit d’une boîte innovante : des petites victoires mises bout à bout, qui nous rapprochent du sommet.
Avez-vous quelque chose à rajouter ?
Oui, un mot pour notre parrain au Village, Nicolas Benoit. C’est lui qui nous accompagne depuis notre intégration et il mouille vraiment sa chemise pour nous. C’est quelqu’un qui connaît le business, qui ouvre les bonnes portes et qui s’implique vraiment. On a une chance réelle de l’avoir à nos côtés !
