Zeni, start-up spécialisé dans le traitement de l’eau par l’usage des microalgues, et basée à Saint Nazaire, a intégré le Village en ce début d’année 2026, à l’occasion de l’appel à candidature sur la gestion de l’eau.
Jean Michel Pommet, le co-fondateur de la solution, nous ouvre donc ses portes pour nous parler de Zeni.
Peux-tu te présenter ?
Jean-Michel Pommet, je suis le fondateur et PDG de Zeni. Nous avons créé la société avec deux associés fin 2023, après un constat assez simple : vouloir participer à l’impact sur la gestion de l’eau.
A l’origine, je suis biologiste, passionné et expert en microbiologie industrielle. J’ai travaillé pendant 25 ans dans le domaine du microbiote et des microalgues, notamment sur des sujets liés à la santé, avant de tomber dans l’eau… et je ne l’ai pas quittée depuis bientôt cinq ans déjà !
Comment est né Zeni ?
Dans le monde des microalgues, je m’étais fait un nom et j’ai eu la chance d’auditer des projets publics et privés dans le domaine du traitement de l’eau par les microalgues il y a cinq ans. Et là, ça a été une révélation.
L’eau, c’est quelque chose qui me porte depuis toujours. Alors quand je suis tombé sur des projets qui étaient en accord avec ce que je voulais faire, et qui me permettaient de mettre à disposition mon expertise et ma passion, j’ai foncé.
À l’issue d’un programme de pré-incubation à Nantes (Azimut by Atlanpole), j’ai eu la possibilité de poursuivre l’aventure avec Atlanpole. Et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré mes deux associés, printemps 2023.
Je travaillais sur un premier projet, accepté en septembre, aussi en octobre 2023, nous avons décidé de créer Zeni pour se lancer avec ce premier projet dans l’aquaculture durable.
Et tes associés, tu les as rencontrés dans ce cadre ?
Oui, c’est vraiment un alignement des planètes. J’ai rencontré Guillaume, aujourd’hui directeur R&D, qui cherchait à monter une boîte dans la production d’algues. Je l’ai embarqué avec moi.
Et dans un cadre privé, j’ai eu la chance de rencontrer Marie-Caroline, ingénieure agronome passionnée, qui voulait revenir dans le monde de l’eau et de l’agro après plusieurs années chez Suez. Elle nous apportait toute la dimension gestion de l’eau au sein des associés de Zeni.
Concrètement, que propose Zeni aujourd’hui ?
Pour simplifier, Zeni est une entreprise à impact qui développe une solution innovante basée sur la nature pour traiter les eaux industrielles.
Pour cela, on utilise des microalgues qui vont se nourrir de l’azote et du phosphore présents dans les effluents industriels (principalement l’agroalimentaire aujourd’hui) et produire une biomasse re valorisable (en engrais biosourcé ou en alimentation animale selon les cas). Cette solution permet de traiter et réutiliser les eaux tellement le niveau de qualité atteint est excellent.
Comment est organisé votre équipe ?
Nous sommes six aujourd’hui, bientôt sept. L’équipe est très scientifique, du technicien au docteur, avec notamment une doctorante en thèse CIFRE.
Guillaume pilote toute la partie technique, tandis que Marie-Caroline et moi sommes davantage sur la gestion de projets et le développement commercial.
Je joue aussi un rôle d’ambassadeur de la solution. Je présente notre solution lors de conférences ou autres évènements et je développe notre réseau, avec une vision de Zeni demain très orientée international.
Où en êtes-vous aujourd’hui ?
Nous avons d’abord construit notre prototype de production d’algue et développé ce notre « souchotèque », c’est-à-dire l’endroit où l’on cultive différentes souches de microalgues que l’on sélectionne ensuite en fonction des effluents industriels à étudier pour les traiter
Dès le démarrage nous avons fait payer des premières analyses pour démontrer aux industriels que notre solution fonctionnait, par la preuve : et leurs effluents, avant/après Zeni, montraient des résultats spectaculaires.
Aujourd’hui, après les tests labo, nous déployons des pilotes directement chez les industriels de l’agroalimentaire. Ce sont des modules mobiles connectés à leurs effluents qui nous permettent de collecter des données pour dimensionner les futures installations capables de traiter sur sites les effluents (nous allons traiter entre 50 et 250 m³ par jour).
Nous travaillons aujourd’hui notamment avec des acteurs de l’industrie laitière et de la brasserie. Avec ces nombreux pilotes en place cette année, nous devrions signer un premier site industriel dès l’année prochaine
Justement, quelles sont vos prochaines ambitions ?
Le gros enjeu, c’est le passage à l’échelle. Nous allons passer de quelques centaines de litres à des centaines de milliers.
Ensuite, l’objectif est de déployer l’échelle industrielle en France puis en Europe.
Nous sommes déjà en discussion avec des industriels en Belgique et aux Pays-Bas, notamment en brasserie et dans l’industrie laitière. Cette zone géographique est très intéressante pour nous, et c’est notamment pour cela que rejoindre le Village by CA Nord de France était très intéressant pour nous.
Et en terme de croissance ?
Nous prévoyons de doubler les effectifs d’ici fin 2027, pour atteindre une quinzaine de personnes.
Nous travaillons avec de nombreux partenaires externes, notamment des bureaux d’études spécialisés en traitement de l’eau, qui ont des expertises complémentaires à Zeni. Ce sont principalement des personnes du Grand Ouest, de la France et de l’Europe.
Où voyez-vous Zeni dans 5 ans ?
Dans 5 ans, c’est une solution majeure pour l’industrie agroalimentaire.
Une fois le scale-up industriel validé, nous deviendront une solution majeure dans l’industrie agro.
Honnêtement, vu les premiers résultats, nous devrions être une solution incontournable qui challenge les solutions existantes au service de l’industrie.
Pourquoi avoir rejoint le Village ?
Nous avons d’abord été incubés au Village by CA de Nantes pendant deux ans et, quand l’appel à projets sur l’eau du Village by CA Nord de France est sorti, c’était une évidence connaissant déjà le réseau et son potentiel d’opportunités.
Et puis, une fois de plus, le territoire est stratégique pour nous, notamment avec les brasseries et la proximité de la Belgique
Qu’est ce qu’on peut vous souhaiter ?
De continuer cette aventure assez dingue.
Il y a 15 jours j’étais invité à Paris par le magazine Challenges car nous rentrions dans les 100 entreprises dans lesquelles investir en 2026. C’est une très belle reconnaissance pour Zeni qui réussissait d’autre part, fin 2025, sa première levée de fonds.
Nous souhaitons donc poursuivre cette dynamique ultra positive et vertueuse et, une fois le défi du Scale up relevé, nous pourrions clairement devenir “la petite licorne de l’eau” française
Une petite anecdote à nous raconter ?
Je me suis rendu au service de notre premier employé, Marc, 25 ans, sur notre premier projet financé par le CNES (Centre National des Etudes Spatiales) et la Région Bretagne.
Nous avons développé un module d’aquaculture circulaire (aquaponie), avec un objectif assez fou : produire des protéines animales et végétales en circuit fermé, potentiellement pour des futurs vols spatiaux longue durée (programme SpaceShip).
Lors de l’installation du pilote, je me suis retrouvé en quelque « sous les ordres » notre premier employé, en suivant ses consignes. Nous manquions de ressources donc je suis logiquement venu l’aider. C’était assez drôle — mais aussi très représentatif de l’esprit startup, avec l’idée de devoir mettre les mains dans le « cambouis ».
As-tu quelques chose à rajouter ?
Oui, un point important que j’ai oublié : notre solution est aussi décarbonée !
Nous utilisons des microalgues qui font la photosynthèse ; et clairement aujourd’hui, pour les industriels, c’est un argument très fort, notamment côté RSE.
